Un peu de tout, beaucoup de rien, bienvenue dans La Famille Bélier !

Dimanche dernier je suis allée voir le film La Famille Bélier. La critique est presque unanime : « Le film de l’année » « Pourquoi vous avez tant aimé La Famille Bélier? » « La Famille Bélier : 5 millions d’entrées pour le film porté par Louane » et j’en passe… même Ulysse de Télérama n’avait pas la bouche qui penchait vers le bas, tout était donc fait pour que…. Je m’étais pourtant méfiée quand la France tout entière était marquée par l’engouement de « Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ? » alors que je n’y ai vu là qu’une suite de gags grotesques, faciles mais surtout assez racistes. Il fallait néanmoins que je me fasse ma propre opinion. Et puis avec Viard, Damiens et Elmosnino cela ne pourrait pas être tout à fait loupé… Avant toute chose si tu ne fais pas partie de ces 5 millions de Français, voici le synopsis :

Les Bélier, agriculteurs en Normandie, sont sourds, à l’exception de Paula, la fille lycéenne, qui a pris l’habitude de régler au téléphone de nombreux soucis familiaux. Emue par l’arrivée au lycée d’un beau parisien bouclé, Gabriel, Paula persuade sa meilleure amie Mathilde, aussi délurée qu’elle est réservée, de s’inscrire à sa suite dans la chorale du professeur de musique, monsieur Thomasson. Fan absolu de Michel Sardou, artiste en berne, Thomasson détecte le talent de Paula et la presse de présenter le concours de la maîtrise de Radio-France. Mathilde hésite. Peut-elle abandonner sa famille pour suivre sa voie ? 

Une heure et quarante minutes plus tard je sors de la salle de cinéma bras ballants, incrédule et totalement stupéfaite par ce que je viens de voir. Comme à mon habitude, je me questionne alors…Comment raconter efficacement l’histoire d’une famille de sourds par le seul biais du jeu des acteurs ? Qui choisir pour interpréter une adolescente en fleur qui portera le film pendant presque deux heures ? De quelle façon est-il possible d’assurer de la cohésion à l’histoire de cette famille, tout en donnant une homogénéité explicite à l’humour ? Je finis par me demander si le réalisateur, les scénaristes.. ont pris le temps de se poser ces questions-là ? Pourtant il faut reconnaitre que l’idée originale de La Famille Bélier, était pour le moins enchantante, avec la volonté de faire rire à partir d’un sujet caverneux et compliqué à aborder. Aborder la surdité, la famille et son rapport à l’handicap ainsi que les premiers émois de l’adolescence. Un exercice d’équilibriste propre à tout réalisateur pour ne pas tomber dans le pathos, le grotesque ou bien même le discriminant. Mais le film qui se veut « limogeur de moeurs et préjugés » est tout autant militant qu’un article minceur dans Biba magazine.

Vouloir donner aux sourds une place de premier plan dans une comédie, partant du constat que personne ne l’a fait, est un élan foncièrement bon. J’aurais pensé que oui ,et bien non. Non, car le résultat final est écoeurant. Les acteurs sont extrêmement mal dirigés, ils jouent à contretemps (excepté peut-être Eric Elmosnino) entre l’exagération chronique des spectacles de fin d’année au collège et le jeu des personnages de Premier Baiser. Le scénario lui, ne tient pas sur la durée, perdant certains de ses motifs en cours de route et prenant le chemin d’un catalogue La Redoute. J’accorde cependant à ce navet trop sucré, trois scènes plus ou moins fortes et intéressantes :

– La scène d’ouverture avec les bruits du silence.
– Le spectacle de chant sans son, ni aucun bruits.
– La jeune fille chantant, la main de son père posée sur la gorge pour en ressentir les vibrations.

Seulement trois scènes sur une durée d’une heure et quarante minutes ont abordé le handicap sans fioritures, ni artifices. Fâcheusement cet exercice semble avoir quelque peu effrayé le réalisateur, préférant pour le restant le caricatural, la niaiserie, dénudant le film de son humour et de sa dérision. Alors que l’on aurait aimé avoir davantage de vrai, plus d’authenticité. Pourquoi ne pas privilégier le jeu, le physique ? Avoir un parti pris plus important sur l’esthétique du langage des signes, sur les bruits, les silences pour arriver ainsi à maitriser le langage du corps. Le langage du corps, ce laissé-pour-compte de La Famille Bélier, alors qu’il ne ment que rarement.

La Famille Bélier offre une vision parfois embarrassante et totalement grossière de la culture sourde, du langage des signes et c’est fort dommage. Alors que l’amour autre sujet central du film est pourtant on le sait si bien…un langage de sourds.

6 réflexions au sujet de « Un peu de tout, beaucoup de rien, bienvenue dans La Famille Bélier ! »

  1. Bonjour !
    Je suis sourd et malheureusement, je suis complètement d’accord avec toi.. J’ai aimé l’histoire de ce film, mais le film aurait pu faire mieux que ça.. J’ai ressenti un peu de la honte de ce film.. Je l’ai vu hier soir et j’ai mis mon critique sur mon tumblr : jesuissourd.tumblr.com (si jamais ça t’intéresse) 🙂
    A très vite!
    Lucas.

  2. Bonjour,
    Et bien moi non, je ne suis pas d’accord, je suis sourde aussi et j’ai beaucoup aimé ce film. Déjà avoir l’audace de faire un film sur les sourds, c’est en soi un grand pas !
    Je ne l’ai pas trouvé sucré non plus, au contraire, je l’ai trouvé juste, cette famille qui se repose presque entièrement sur leur fille entendante, qui ne veut pas la laisser partir, par peur de l’inconnu (même si la j’avoue il y a une petite contradiction : comment faisaient ils avant ?).
    C’est peut être un peu trop rose, tout est bien qui finit bien, mais au moins cela a le mérite de faire découvrir un handicap méconnu.
    Je continue à le recommander à tout ceux qui ne l’ont pas encore vu.

  3. Bonsoir,

    J’arrive ici par le biais de mes potes de vins, et bon je lis, normal quoi!

    J’avais des trucs à dire sur les 2 autres postes que j’ai lu, mais je pouvais encore me retenir, mais là, non.
    Je commence par les autres postes:

    1/ Les collants

    C’est très français ça, de faire chier pour des trucs parce que c’est pas classe. Oui, c’est pas classe mais c’est pratique, alors quoi? Faut être classe tout le temps, acheter des Dim « fait ma peau comme si je revenais des Seychelles », ou aller se faire bronzer, c’est sûr il y a toujours la solution pantalon. Mais franchement si on va plus loin, et on va plus loin dans ce pays, il ne faut pas mettre de robe courte si on a un gros cul, évite le jean si t’es cambré, pas de décolleté si tu as des gros seins ou pire le col roulé…Depuis que je suis outre-manche, je me dit qu’en France la femme est un loup pour la femme. Ici c’est robe à tout va, couleur, collants filés, jupe courte, basket bariolée avec collant noir, jean moulant avec saucissonnage à go go! Et putain, ça libère et on peut enfin penser à vivre, avec peut être un look de clown vu de Paris, mais bordel on a le sourire, la patate, la joie de vivre, du vernis aux ongles et même ceux des pieds, on se crèpe le chignon comme Amy, pas pour savoir si c’est bien de mettre des nuits au mois d’Avril ou sa robe coktail couleur Corail pour aller au pub, mais juste parce qu’on est libre d’avoir son look et même de chanter (si ça nous chante) comme ça nous chante et où ça nous chante. And so what??
    Aujourd’hui il faisait chaude, tout le monde était dans les parcs pendant le break, j’ai eu le temps lors de mon heure de marche de Spitalfield city Farm à Holborn viaducq de constater que c’était pareil partout, toutes les robes de toutes les couleurs avec de collants chair étaient de sortie, ben elles avaient l’ai moins con que moi dans ma tenue petite robe noir, collant noir sur talon.

    2/ Le chagrin d’amour à 5 ans

    Je comprend l’idée du poste, c’est vrai il faut aider les futurs génération de femmes qui vont subir le mâle au quotidien, mais bon ma fille à 8 ans, t’inquiète, elle ne pleure pas d’amour, elle se pose juste la question de comment elle dit à son amoureux qu’elle n’est plus amoureuse parce que celui qu’elle aime lui a enfin dit et que donc elle veut être clair avec l’autre mais elle a bien conscience qu’il y en a un qui va être triste. Alors, maman qu’est ce que je fais? Et bien tu dis la vérité, gentiment, si il t’aime il comprendra et puis c’est pas bien de le laisser croire que tu l’aimes, ça l’empêche peut être d’être avec quelqu’un qui l’aime vraiment. Résultat, personne n’a pleuré, ils sont tous potes, il y a même goûter d’anniversaire de prévu! Après niveau look, il faut les laisser rêver et chanter, d’autant qu’ils savent très bien que c’est juste pour rire. Derrière une enfant déséquilibré se cache souvent une maman pas très nette. Hein, la connerie ça n’empêche pas de se reproduire!

    3/ La famille Bélier

    Parce que oui, je suis venue pour ça à la base, faudrait pas oublier.
    J’y suis allée avant tout parce que ça me paraissait être un bon film familial j’en suis sortie plus que ravie, j’ai même versé ma larmichette, parce que je suis comme ça et pourtant crois moi, ouh là Sardou faut pas trop m’en parler, ici c’est plus indie, rock, the foals, Muse et compagnie, bon voilà le film m’a surprise en bien. Comme je vois que tu n’as pas su percevoir quelque finesse du film (attention mon film préféré c’est Blade runner, et je n’ai pas vu le truc sur le bon Dieu, pas que je me défende mais je remet les choses dans leur contexte) je vais me permettre d’ajouter quelque data à ton propos.

    -D’abord le choix de Sardou, c’est une boutade, dans ton synopsis tu dis que Thomasson est un fan absolu de Sardou, je ne crois pas. Je crois qu’il est frustré dans ce patelin de merde et qu’il pense que ce ne sont tous que des blaireaux et que donc Sardou ça leur va bien. Sa comparaison de Sardou à Mozart en est une démonstration, Mozart pour les amateurs de musique classique c’est comme le bordeaux supérieur pour les amateurs de vin, c’est bien ça s’écoute, le gars c’est un génie mais si tu veux rapport à Wagner ou Satie, ou dans le milieu de vin rapport (qualité prix) un pic St Loup, ou un côte du marmandais…si tu veux même si il y a des exceptions. Bref, Mozart c’est de la pop (c’est sûr c’est toujours génial quand tu plais aux gens, je ne critique pas, j’aime bien Nirvana, ça aussi c’était génial tellement c’était simple). Bref, revenont à nos moutons ou plutôt à nos béliers: Sardou c’est ironique. Premier point d’humour.

    -Si tu as bien suivi, il pense d’abord que Paula est Mezzo (elle a une voix grave) puis lorsde la scène où il la pousse à bout, sa voix éclate, Paula sort de sa retenue pour sortir un son cristallin, elle est soprano (c’est pour ça aussi qu’il fallait une fille qui sache jouer et qui soit soprane, et ça ça ne doit pas se trouver sous les pneus d’une golf TDI). Les sourds sont sensibles aux vibration des basse (t’as suivi ça? C’est pour ça qu’ils écoutent la musique electro, d’ailleurs dite « musique de sourd » pour les non fans, dans la voiture. C’est pas parce que ce seraient des ploucs, c’est juste parce qu’ils sont sourds) et donc Paula, toute sa vie, dédiée à sa famille, est allée sans le savoir jusqu’à ignorer sa propre voix. Franchement ça m’a émue, parce que je violonne et je chante et que je sais ce que c’est comme sensation quand ça t’arrive. Bref, Paula, elle se découvre, c’est une jolie façon de montrer le passage de l’enfance à l’état adulte.

    -Le scénario a clairement était écrit pour coller aux paroles de je vole, ça aussi c’est sympa, parce que l’histoire finalement colle assez bien a une réalité, évidemment caricaturée pour donner de l’émotion mais c’est à ça aussi que sert le cinéma.

    Pour les 3 scènes d’accord avec toi et je rajouterai la scène d’engueulade des parents dans la chambre à couché, ou le silence règne alors qu’il font un boucan d’enfer quand ils s’aiments.

    Voilà, Louane n’est ni une grande actrice ni une grande chanteuse, elle n’a pas un timbre de voix très spécifique mais un joli vibrato dans l’aigüe. Elle colle très bien au personnage. François Damien et Karine Viard sont d’une force de vie dans leur rôle, certes caricatural, l’assimilation entre être sourd et être con est très bien montrée. Le frère (joué par un vrai sourd) est à la fois drôle et touchant, et on voit comment il grandit avec cette soeur qui entend et ses questionnements sur sa sexualité.

    C’est sûr c’est pas « the real life of Mitty » mais ce film moi ce que j’en dis c’est que c’est un souffle de bonne humeur, qu’il y a du fond sur une forme de chanson, de la créativité et que surtout il a la force de montrer à quel point, les bien entendants on s’handicape à la vie à ne pas faire plus de bruit!

    Sur ce, je vais me coucher.

    Merci pour la lecture 🙂 pas facile d’écrire un blog, bonne continuation.

    Stéphanie.

    • D’accord !

      ps: Tu devrais penser à écrire un blog vu que tu as pas mal de chose à dire et j’espère que tes futurs lecteurs ne prendront pas tout au 1er degré.

      Excellente journée Stéphanie

      • Putain la fille…je viens seulement de voir ta réponse! Merci.
        Pas gagné quand même la technologie. Un blog j’en écrit un, parce que je suis dans le vin et franchement c’est chiant à mourir. Je ne trouve pas mon style, ni même d’abord ce que mes lecteurs aimeraient lire. tiens je devrais faire un sondage…

        Bonne journée !

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